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  • judith veil

"Sauve-toi, la vie t’appelle" par Boris Cyrulnik

Mis à jour : il y a 6 jours

En racontant son histoire d’enfant caché pendant la seconde guerre mondiale, Boris Cyrulnik nous explique les mécanismes de la mémoire traumatique. Placé à l’âge de 3 ans à l’assistance publique par sa mère, qui fut arrêtée et déportée le lendemain, Boris Cylrunik est recueilli par une famille affectueuse. Cependant, il est enfermé dans la maison, de peur d’être dénoncé. Privé de stimuli sensoriel, il adopte un comportement de balancement compulsif, qui resurgira chaque fois qu’il se trouve seul jusqu’à l’adolescence…

Quand la police vient l’arrêter dans sa famille d’accueil, il a 6 ans. A cet instant, il reprend vie. Enfin, il se passe quelque chose ! Après une évasion très astucieuse,selon lui grâce à ce regain de conscience, il échappe à la déportation et il est placé (et déplacé) dans des foyers pour enfants abandonnés. Les enfants y sont livrés à eux-mêmes, sans enseignement ni activités ludiques.

Ceux qui ont vécu un événement traumatisant se taisent, parfois même oublient, pour ne pas retourner sur le lieu de la souffrance. Le jeune Boris, dont personne ne veut croire à l’évasion miraculeuse, s’en empare précieusement : « Dans mon monde intérieur, je me projetais le film de mon passé, je m’en étonnais, je le révisais, je le précisais et, plus je le répétais, plus je le déformais en le schématisant. J’avais besoin de cette crypte secrète et lumineuse, ce sépulcre souterrain où je me réfugiais lors des moments difficiles. (…) Ce détour par le spectacle intérieur, où je me voyais souffrant et triomphant du malheur, atténuait mon chagrin. En cherchant les mots, en agençant les images, en compassant des scénarios, je finissais par éprouver un sentiment de beauté. Vous vous rendez compte ? Je transformais en beauté la guerre et le chagrin ! (…) Ce qui provoquait mon bien-être, ce n’était pas le malheur passé, c’était la représentation de ce malheur maitrisé.»

Finalement accueilli par sa tante après la guerre, Boris Cyrulnik écrit à 11 ans dans une rédaction qu’il deviendra psychiatre. Et ce n’est que bien plus tard, dans les années 80, qu’il a pu raconté son histoire et être entendu.




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