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  • judith veil

Marie-Antoinette par Stefan Zweig

Dans cette biographie de Marie-Antoinette, Stefan Zweig décrit chapitre par chapitre les erreurs commises par Marie-Antoinette qui l’ont conduites du trône à l’échafaud. L’originalité de ce livre tient de ce que Zweig fut le premier à pouvoir consulter intégralement les archives de l'Empire autrichien et la correspondance du comte Axel de Fersen, amant de la reine. Il nous offre un portrait qui veut rendre justice à une reine qui fut diffamée par les uns et idéalisée par les autres.

Petite fille enjouée mais peu encline aux études, et sa mère, Marie-Thérèse impératrice d’Autriche, l’envoie avec une inquiétude lucide en France s’unir au Dauphin pour consolider la paix entre les deux pays. Son goût pour les plaisirs faciles et son caractère indocile lui jouent alors de mauvais tours…

La Dauphine devenue reine refuse de se plier à l’étiquette et aux contraintes liées à son rang. La « défaillance intime » du roi (une malformation du pénis qui l’empêche de mener à bien l’acte sexuel) joua selon Zweig un rôle dans sa soif de divertissements inconsidérée. La reine passe trop de nuits à Paris sans le roi.

Après la naissance de ses enfants, Marie-Antoinette retourne à ses mondanités, dénigrant l’étiquette et l’aristocratie, qui lui tourne le dos et rumine sa rancœur. « Dans l’âge des plaisirs et de la frivolité, dans l’ivresse du pouvoir suprême, la reine n’aimait pas à se contraindre ; l’étiquette et les cérémonies lui causaient de l’impatience et de l’ennui. Le rang, les services, la considération, la haute naissance, ne furent plus des titres pour être admis dans l’intimité de la famille royale. Versailles, ce théâtre de la magnificence de Louis XIV, où l’on venait de toute l’Europe prendre des leçons de bon goût et de politesse, n’était plus qu’une petite ville de province, où l’on allait qu’avec répugnance et dont on s’en allait le plus vite possible. »

Parallèlement, Stefan Zweig décrit un Louis XVI qui « marche lourdement sur le parquet poli de Versailles en balançant les épaules « comme un paysan derrière sa charrue », il ne sait ni danser ni jouer à la balle ; dès qu’il veut faire un pas plus vite qu’à l’ordinaire, il trébuche sur sa propre épée. Le pauvre homme se rend parfaitement compte de sa maladresse physique, il en est confus, et son embarras augmente encore sa gaucherie : de sorte qu’à première vue le roi de France fait à tout le monde l’impression d’un lamentable balourd. »

Le goût de la reine pour les costumes et les bijoux lui coûte cher. Elle dépense aussi des fortunes en décorant chaque année le Trianon où elle s’est installée tandis que le roi vit à Versailles. Rendus publics, ses caprices dispendieux exaspèrent le peuple, qui meurt de faim. Haïe par la noblesse et méprisée par le peuple, elle ne prend pas la mesure de la catastrophe qui s’annonce et ce n’est qu’une fois condamnée qu’elle regarde en face le drame qu’elle a contribué à forger.

Pour Zweig, cette biographie est finalement celle d’un couple dont les deux partenaires ne sont, ni l’un ni l’autre, à la hauteur de leur destin. « Un individu aussi faible que Louis XVI, une femme aussi mondaine que Marie-Antoinette, l’un timide, l’autre étourdie, deux être aussi superficiels sont-ils capables de défendre leur dynastie contre les menaces de l’époque ? (…) Il fut bien difficile à leurs accusateurs sous la Convention de représenter ce « pauvre homme » comme un malfaiteur et un tyran, c’est qu’au fond il n’y avait pas une once de méchanceté en eux, et comme chez la plupart des natures moyennes, ni dureté, ni cruauté, ni même d’ambition ou de grossière vanité. »





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