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  • judith veil

« On ne vit que deux fois » de Hélène Bessette

Ce titre, le même que celui d’une aventure du célèbre espion des services secrets britanniques, pourrait suggérer qu’Hélène Bessette aussi vécut dans un monde de truands ! Hélène écrit depuis son enfance. Quand elle veut faire l’école normal supérieure, sa mère l’inscrit à l’école normale d’institutrices, pour ne plus l’avoir à sa charge. Mariée à 18 ans à un pasteur qu’elle suit en Nouvelle-Calédonie, son mari l’accuse d’avoir avorté alors qu’elle a fait une fausse couche… Elle ne supporte plus l’hypocrisie de sa communauté religieuse : elle divorce, prenant tous les torts à sa charge. Elle envoie ses manuscrits à des éditeurs.

Gallimard et le Seuil s’y intéressent. « Silencieuse aussi, d’une prudence interne forte, un flair de James Bond et inconsciemment dès ce premier jour je comprenais la complexité l’épaisseur stratifiée de ce monument rencontré sur un simple rendez-vous d’affaires, d’homme très occupé, important, pas trop triste tout de même car il était poète. » Raymond Queneau, chez Gallimard, la prend sous son aile.

Succès d’estime. Prix littéraires. Peu de ventes. Mais quand elle publie son 4e roman, plus classique et qui pourrait lui apporter des lecteurs, elle est accusée d’avoir raconté la vie d’une femme qu’elle a connue dans l’enfance. Cette femme a partie liée avec son ex-mari jaloux de son éventuel succès. Elle perd le procès et circulent des propos diffamants sur ses mœurs douteuses.

Truands aussi dans la littérature. Gallimard ne veut plus la publier. Queneau lui conseille de ne plus écrire. « Je vais m’ennuyer » lui répond-elle. Elle perd successivement tous ses emplois, à cause des rumeurs qui courent jusqu’en Suisse où elle s’est réfugiée. Elle rentre en France et devient femme de ménage. Elle écrit toujours…

En tout, 13 romans ! De formes diverses et non conventionnelles. Elle fait partie des écrivains qui bouleversent la littérature, comme Duras, qui plaide en sa faveur dans les médias. Mais elle n’est pas communiste, n’a rien pour plaire à la Gauche de Saint-Germain-des-Prés qui n’est pas vraiment de Gauche, et débute « à 40 ans une carrière d’écrivain maudit », décrite dans cette autobiographie lucide et révoltée.



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