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  • judith veil

La double vie de Virginia Woolf de Geneviève Brisac et Agnès Desarthe

Révolutionnaire : voici un mot qui pourrait décrire Virginia Woolf. Elle a rompu avec le roman victorien en cassant la chronologie, en prenant des mesures stylistiques radicales, en se détournant du « ce qui se fait-ce qui se dit » pour s’immiscer dans le monde étonnant et désordonné de nos pensées intimes.

Cette biographie de l’écrivaine anglaise a une première grande qualité : elle se concentre sur l’artiste plutôt qu’elle ne s’étend sur les détails de sa vie quotidienne (je pense à celles sur Vita Sackville-West et sur Violet Trefusis qui me sont tombées des mains et pour lesquelles j’ai renoncé à écrire un article).

« V.W. Le mélange des genre », titre de la première édition de cette biographie montre bien l’originalité de ses œuvres pour l’époque. Elle se penche, en même temps que James Joyce, sur le flot de conscience, mais contrairement à lui, elle ne se retreint pas au monologue intérieur d’un héros narcissique : « Je ne vois pas comment on peut écrire un roman sans y mettre de gens, et c’est pourquoi Joyce me paraît lourd de catastrophes »). Et c’est Proust qui a davantage ses faveurs.

Originale aussi par ses thèmes de prédilection – la conscience, le temps, la mort – qui prennent leur source dans l’enfance, par son style qui veut rivaliser avec la peinture (sa sœur Vanessa est peintre), presque cinématographique, et par la diversité de son œuvre.

Cet ouvrage, qui nous décrit ses lectures, ses journées de travail et ses projets, montre une cohérence qui cadre mal avec la légendaire folie de l’écrivaine, que les autrices relativisent. Concernant son suicide, souvent raconté comme la conséquence inéluctable de sa « dépression » ou de son « instabilité », elles rappellent que Benjamin Walter et Stefan Zweig en firent autant devant la menace de la seconde guerre mondiale !

« Le roman d’un monde sans classes et sans tours sera meilleur que l’ancien ». Son snobisme aussi est taillé en pièce dans cette biographie qui insiste sur son souci d’écrire sur les gens « ordinaires ». Ceux qui la traitent de snob sont les critiques de l’époque, misogynes au point de ne pas toujours lire ses livres avant de la jeter en pâture au public.

Cependant, elle n’a jamais renoncé à ses explorations littéraires. Celle qui n’oublie jamais qu’elle va mourir, qui garde un rapport distant à la vie, est d’une exigence sans compromis avec la littérature : « Nous devons devenir nous-mêmes des critiques, nous apprendre à nous-mêmes à comprendre la littérature parce que l’argent ne peut penser à notre place, parce qu’à l’avenir nous ne pouvons laisser le pouvoir à une petite classe de jeunes gens aisés qui n’ont qu’une pincée, un dé à coudre d’expérience à nous offrir. »

Cette biographie nous donne envie de lire l’œuvre de cette poétesse courageuse et de connaître cette femme qui confie : « je vais à des soirées et j’en dis trop, je vous assure, c’est fatal, c’est plus fort que moi, je ne résiste pas à mon besoin d’intimité. »




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